Au dos de la pochette de Whatever and Ever Amen, cherchez la guitare : elle n'y est pas. La liste des crédits aligne un piano, une basse, une batterie, puis un violoncelle, deux violons, un orgue Hammond — comme si le trio avait compensé par le haut ce qu'il refusait à la six-cordes. Trois musiciens, aucun guitariste, et pourtant un son plein : voilà un déséquilibre qui tient lieu de méthode.

Deux façons d'entrer dans la pièce

Rappelons un fait que les annonces de reformation lissent volontiers : Ben Folds Five s'est séparé en 2000, puis reformé au début des années 2010, le temps d'un disque — The Sound of the Life of the Mind — et d'une tournée. Ce n'est donc pas un premier retour, mais un troisième temps. La nuance compte : un trio qui a déjà éprouvé sa propre reprise ne revient pas avec la candeur d'un groupe qui refait surface après vingt ans de silence.

Clap Your Hands Say Yeah, à l'inverse, n'a jamais vraiment disparu. Le nom a continué, porté par Alec Ounsworth, à travers, notamment, Some Loud Thunder en 2007, Hysterical en 2011 et New Fragility en 2021. La différence est structurelle, pas cosmétique : ici, trois musiciens à remettre d'accord sur un calendrier commun ; là, une enseigne plus ancienne que le line-up qui l'habite.

Les dates, les salles, les tarifs des places : rien de tout cela ne figurait dans les éléments disponibles à la date de rédaction, ni pour l'un ni pour l'autre. On ne va pas les inventer. Une tournée annoncée n'est pas une tournée documentée.

Ce que disent les crédits

Le premier album de Ben Folds Five, paru en 1995 sur Passenger/Caroline, porte un crédit qui compte : celui de Caleb Southern, à la production. Un trio sans guitare n'est pas une coquetterie d'arrangement, c'est une répartition des rôles. Le piano occupe l'espace harmonique et une large part de l'espace mélodique que se partagent d'ordinaire deux instruments ; Robert Sledge à la basse et Darren Jessee à la batterie tiennent le reste. L'instrumentation est vérifiable, et elle est minimale : piano, basse, batterie.

Whatever and Ever Amen, publié le 18 mars 1997 chez 550 Music, pousse la logique plus loin. Ben Folds et Caleb Southern y signent la production, Andy Wallace le mixage — un nom qu'on croise plus souvent du côté du rock saturé que d'un trio piano. Les cordes sont arrangées et dirigées par John Mark Painter, avec John Catchings au violoncelle, David Davidson et Christian Teal aux violons ; Caleb Southern reprend l'orgue Hammond. Et au milieu de tout ça, Brick, la ballade au piano qui a porté le groupe bien au-delà de son public de départ. Le contraste avec les productions de la même époque, saturées d'overdubs, se mesure à ce qui n'est pas là : pas de guitare.

Pour Clap Your Hands Say Yeah, l'incertitude documentaire est plus grande, et il faut le dire sans détour : aucune source consultable ne détaille le studio ni le budget du premier disque de 2005. Le disque est réputé avoir été autoproduit, pressé à compte d'auteur et distribué de la main à la main avant d'être repris ; on ne sait pas dans quelles conditions techniques. Cette zone d'ombre fait partie du sujet. Le mythe du disque « fait à l'arrache » repose souvent sur des crédits volontairement maigres.

Ce que coûte un disque

Une tournée et un disque ne se financent pas de la même manière. La scène rentre de l'argent : cachets, billetterie, merchandising, contre des coûts fixes qu'on connaît d'avance — le camion, les nuits d'hôtel, les techniciens. Le disque, lui, ne rentre rien avant d'avoir tout dépensé. Studio, mixage, mastering, pressage, pochette, promotion : la dépense précède le revenu, et rien ne dit que le revenu viendra.

Voilà où les deux trajectoires divergent vraiment. En 2005, l'entrée de Clap Your Hands Say Yeah coûtait peu : autoproduction, pressage modeste, distribution de la main à la main. Ce faible coût n'était pas un détail logistique, c'était le geste lui-même — le support tenait lieu de carte de visite, pas de produit financier. Vingt ans plus tard, la question n'est plus de savoir ce que coûte le fait de jouer ensemble, mais ce que coûte la fabrication d'un objet durable à côté.

Les tarifs de studio, on ne les citera pas : ils varient du simple au décuple selon la ville, le nombre de jours et l'équipe présente. La logique, en revanche, ne varie guère. Une tournée se rembourse ; un album se mise. Quand une génération d'auditeurs voit arriver une tournée là où elle attendait un disque, c'est cette asymétrie qu'elle regarde sans la nommer.

Trois vérifications avant de cliquer

  • Une annonce de tournée ne dit rien de l'album, et une annonce d'album ne dit rien des concerts. Deux calendriers distincts, souvent portés par deux équipes distinctes.
  • Sur un disque présenté comme « nouveau », vérifiez s'il s'agit d'enregistrements inédits, d'une compilation ou d'archives de session. La mention figure presque toujours, mais rarement en gros.
  • Le label et le producteur en disent plus long que la phrase d'accroche du communiqué. C'est souvent le seul endroit où l'on apprend qui a payé quoi.

Écouter

Les trois albums des années 1990 de Ben Folds Five se trouvent en général sur les plateformes de streaming grand public : de quoi vérifier la chronologie sans acheter les disques. Pour l'objet, comptez environ 20 à 30 € pour un vinyle neuf, selon l'édition et le pays de pressage, et 8 à 15 € pour un CD d'occasion chez un disquaire indépendant — l'état de l'exemplaire fait évidemment varier la note.

Côté Clap Your Hands Say Yeah, Some Loud Thunder et New Fragility demeurent des portes d'entrée commodes. Aucun nouveau disque n'était documenté à la date de rédaction ; avancer un tirage vinyle, une édition limitée ou un prix risquerait de vous envoyer vers une page qui n'existe pas.

Reste une question, et elle n'est pas rhétorique : quand une tournée se rembourse et qu'un album se mise, qu'est-ce que cela dit de la valeur qu'on accorde aujourd'hui à l'enregistrement ? En attendant une réponse, deux albums à reprendre : Whatever and Ever Amen et New Fragility.

Crédits

Crédits de Whatever and Ever Amen — Ben Folds Five (1997) :

  • Instruments : Norwood Cheek (synthétiseur) ; Ben Folds (piano électrique) ; Ben Folds (melodica) ; Ben Folds (piano) ; Darren Jessee (batterie) ; Darren Jessee (percussions) ; Robert Sledge (basse) ; Robert Sledge (double bass) …
  • Voix : Ben Folds (chant) ; Darren Jessee (chœurs) ; Robert Sledge (chœurs)
  • Production : Ben Folds ; Caleb Southern
  • Mixage : Andy Wallace

Source : MusicBrainz — consultée le 2026-10-22.

Sources

  • Crédits de l'album Whatever and Ever Amen, 550 Music, 1997 (dos de pochette).