Le riff tient, puis il s'écarte. Sur « Can't You Hear Me Knocking », là où la plupart des groupes auraient coupé, les Stones ouvrent une porte et laissent entrer un saxophone ténor. Bobby Keys y prend tout son temps : notes tenues, phrasé qui s'étire, aucune urgence. Le cuivre n'illustre pas la fin du morceau — il en déplace le centre de gravité.
Ce geste, on le retrouve chaque fois que le cuivre cesse d'être un invité. Le point commun n'est pas le genre. C'est la place qu'on lui accorde dans les crédits.
Le crédit fait partie du son
Longtemps, le sax ou la trompette dans un disque de rock tenait de l'invité qu'on sort au dernier refrain : huit mesures, un chorus, rideau. La différence est administrative autant que sonore. Quand le cuivre est nommé, on lui écrit une ligne, on lui réserve de la place dans l'arrangement ; quand il reste « brass section » sur la pochette, il bouche les trous du mixage.
La ligne de saxophone n'est pas toujours exhibée en soliste ; elle peut circuler entre les guitares, se glisser dans les silences, revenir. Elle tient alors le morceau par le milieu plutôt que par le haut.
Pour Sticky Fingers, les crédits d'origine ne détaillent pas toujours chaque intervention piste par piste ; d'autres sources documentent en revanche certaines attributions, comme Bobby Keys au saxophone ténor sur « Can't You Hear Me Knocking ». Mieux vaut le signaler que de combler les vides.
La fanfare sort du défilé
À Barcelone, la musique de vent ne vient pas des studios. Elle vient de la rue : la cobla, où le fiscorn — une sorte de bugle à pavillon large — tient une place centrale, et les fanfares de processions et de places, où le trombone peut intervenir. Dans cette tradition, une fanfare ne joue pas devant un public immobile : elle avance, elle sert de sonorisation au groupe qu'elle accompagne.
La Pegatina, dont les cuivres évoquent cette énergie de fanfare, a fait du cuivre un moteur de danse plutôt qu'un ornement folklorique. Sur disque, la difficulté est technique, et elle explique beaucoup de choses. Un sax ou une trompette supporte mal le micro collé : de trop près, on perd l'alliage du son, il ne reste que des attaques. Il faut de la distance, donc de la pièce, donc une prise collective où tout le monde joue ensemble — et où personne ne se rattrape au montage sans laisser de couture.
Voilà pourquoi le cuivre crédité change aussi la méthode. Un arrangeur qui écrit des parties oblige à répéter, à placer les pupitres, à choisir une acoustique. Un simple invité, lui, arrive, joue, repart. Le son garde la trace de cette organisation-là.
Écouter
« Can't You Hear Me Knocking » figure sur Sticky Fingers (Rolling Stones Records), disponible sur les principales plateformes de streaming et dans les rééditions vinyle courantes : comptez environ 25 à 35 € pour un pressage neuf standard, davantage pour les éditions deluxe, moins en occasion selon l'état de la pochette et du disque.
Pour prolonger, cherchez le catalogue de Daptone Records. Les 45 tours du label sont l'occasion de revenir au format court : écouter la face A, puis retourner le disque.
Un réflexe de lecture, au dos des pochettes : la mention « horns » suivie de prénoms et noms — et non d'un simple « brass section » — indique que quelqu'un a écrit des parties. C'est cette ligne en petits caractères qui distingue le plus souvent un cuivre d'ambiance d'un cuivre qui compte.
Reste une question ouverte, et elle vaut mieux qu'un classement : si le cuivre devient une couleur créditée d'un bout à l'autre de la chaîne des genres, est-ce le son qui change, ou notre façon de lire une pochette ? Prenez la face qui vous intéresse, puis remontez les crédits — c'est souvent là que se trouve le morceau suivant.
Crédits
Crédits de Sticky Fingers — The Rolling Stones (1971) :
- Instruments : Mick Jagger (percussions) ; Bobby Keys (saxophone) ; Keith Richards (guitare acoustique, guitare) ; Ian Stewart (piano) ; Mick Taylor (guitare) ; Charlie Watts (batterie) ; Bill Wyman (basse) ; Paul Buckmaster (cordes) …
- Voix : Mick Jagger ; Ronnie Lane (chœurs) ; Billy Nicholls (chœurs) ; Keith Richards ; Pete Townshend (chœurs)
- Production : Jimmy Miller
- Ingénierie du son : Glyn Johns ; Andy Johns
- Mixage : Jimmy Johnson
Source : MusicBrainz — consultée le 2026-10-22.







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