Neuf mille trois cents mètres carrés. C'est la surface annoncée pour la nouvelle expérience Beatles qui doit ouvrir à Liverpool en 2028, face à Lime Street. Dans le même temps, un autre disque de la ville fête ses quarante ans sans vitrine : Liverpool, le second et ultime album de Frankie Goes To Hollywood, paru en 1986. Entre les deux, il y a un mot que l'on croyait simple : patrimoine.

Neuf mille trois cents mètres carrés face à Lime Street

Musikexpress rapporte le 21 octobre 2026 que le projet se veut quatre fois plus grand que The Beatles Story, situé à l'Albert Dock. Apple Corps, la société de commercialisation fondée à la fin des années 1960, porte le projet. Le calendrier suit celui du biopic de Sam Mendes, un « Cinematic Event » en quatre films — un par membre du groupe — annoncé pour avril 2028.

La surface annoncée est d'environ 100 000 pieds carrés, soit 9 300 mètres carrés. À cette échelle, on ne parle plus d'une collection mais d'une attraction. Le vocabulaire du projet parle de pièces originales, de technologie immersive et de décors reconstitués.

Le Cavern, Abbey Road et la tour de béton

Le parcours annoncé part du Liverpool bombardé de l'après-guerre, passe par les années hambourgeoises et l'explosion de la Beatlemania, et s'achève sur le prestige d'aujourd'hui. Les visiteurs sont censés descendre dans le Cavern Club — que l'on peut toujours visiter en ville —, traverser Abbey Road, rejoindre le Shea Stadium et le toit londonien du bâtiment Apple, où le groupe donna sa dernière prestation publique en 1969.

La pièce la plus curieuse du dispositif n'est pas un décor : c'est St John's Beacon, la tour de béton plantée au centre de Liverpool. Elle doit accueillir un univers Yellow Submarine en 360°, avec vue circulaire sur la ville et sur la Mersey. Le projet prévoit aussi de réemployer les décors et accessoires des films de Mendes — Paul Mescal, Harris Dickinson, Joseph Quinn et Barry Keoghan y incarnent les Fab Four —, ce qui revient à intégrer une interprétation récente dans le récit muséal.

Ce qu'en dit Ringo Starr

Ringo Starr est retourné dans le Dingle de son adolescence avant de résumer la chose en une phrase citée par Musikexpress : « Liverpool était et reste une ville de musique. »

Reste la partie matérielle, celle qui décide de la suite. Les sources consultées ne donnent ni budget, ni politique tarifaire, ni liste des pièces exposées. La date d'ouverture n'est connue qu'à l'année, 2028, et le projet se veut quatre fois plus grand que le musée actuel. Pour le reste, il faudra attendre.

L'autre Liverpool, celui qui n'aura pas de vitrine

Pendant que la ville bâtit son grand récit, The Quietus publie le 20 octobre 2026 un texte de Wyndham Wallace sur les quarante ans de Liverpool, le deuxième album de Frankie Goes To Hollywood. Le contraste est brutal. Sorti en 1986, le disque arrive dans un pays qui a changé : chômage de masse, une grève des mineurs refermée sur un échec, Tchernobyl au printemps. Le groupe abandonne les couleurs fluo de Welcome to the Pleasuredome pour les portraits en noir et blanc signés Anton Corbijn.

Le résultat est documenté : des critiques majoritairement hostiles, puis une séparation. Le label ZTT a tenté une réhabilitation en 2011, avec une réédition augmentée de plus de cent minutes de bonus dans un boîtier soigné — Wallace note lui-même que l'opération ne pouvait pas convaincre. Liverpool reste une note de bas de page.

Et c'est précisément ce qui rend le dossier intéressant. Une ville qui se raconte en musée choisit les trajectoires ascendantes ; elle ne consacre pas 9 300 mètres carrés à un disque que la critique a majoritairement rejeté. Pourtant, ce disque documente son époque aussi précisément qu'un décor de Hambourg. Un patrimoine pop peut-il inclure ses disques mal reçus, ou ne garde-t-on que les albums dont tout le monde connaît l'issue ?

Au dos de la pochette

Les crédits de Welcome to the Pleasuredome listent les musiciens et l'équipe : Anne Dudley aux claviers, Peter Gill à la batterie, Luís Jardim aux percussions, Brian Nash à la guitare, Mark O'Toole à la basse, Andy Richards aux claviers. Aux voix : Holly Johnson, Mark O'Toole et Paul Rutherford. Production : Trevor Horn, avec Stephen Lipson à la production additionnelle ; ingénierie : Stephen Lipson et Stuart Bruce ; arrangements additionnels : Anne Dudley, qui signe aussi les cordes.

Ces noms disent une méthode : un noyau de studio autour de Trevor Horn, des claviers et des cordes d'Anne Dudley, une section rythmique identifiable. Pour Liverpool, les sources consultées ne donnent pas les crédits complets ; on sait que le groupe change de masque et passe au noir et blanc d'Anton Corbijn. C'est une incertitude à signaler : l'opposition entre les deux disques est documentée par les pochettes et les critiques, pas par une comparaison de crédits.

Ce que les sources ne disent pas. La date d'ouverture n'est connue qu'à l'année (2028), et la liste des pièces exposées n'a pas été rendue publique. Un chiffre à retenir en revanche : la surface annoncée, environ 9 300 m², soit quatre fois le musée actuel.

Écouter

Deux disques permettent de mesurer l'écart. Pour l'ordre chronologique, commencez par Welcome to the Pleasuredome (1984), puis enchaînez avec Liverpool (1986) : même groupe, deux époques, deux esthétiques. Pour mesurer la chute, faites l'inverse. Pour le second, la réédition ZTT de 2011, avec ses compléments, est celle que cite The Quietus.

Côté formats, les deux albums ont connu des éditions vinyle et CD et existent aussi en numérique. Pour le numérique, les plateformes habituelles (Spotify, Deezer, Qobuz, YouTube) sont le point de départ ; vérifiez l'édition et la disponibilité dans votre pays. Pour le physique, les disquaires indépendants et les boutiques spécialisées sont un point de départ, en vérifiant le label et l'année du pressage. Les prix varient selon l'édition, le pressage et l'état : comptez environ 25 à 35 € pour un vinyle neuf standard, davantage pour les coffrets augmentés, et beaucoup moins à l'occasion.

Côté Beatles, les sources consultées ne décrivent ni billetterie ni réservation pour le projet. Quant au musée actuel, The Beatles Story, il occupe l'Albert Dock — c'est de lui que le nouveau projet se veut quatre fois plus grand.

Il reste donc une chose à faire, qui ne coûte pas de billet : passer Liverpool avant Welcome to the Pleasuredome, et regarder ce qu'une ville produit quand elle cesse d'y croire. Le musée, lui, est annoncé pour 2028. Il sera toujours temps, alors, de vérifier ce qu'il aura gardé.

Crédits

Crédits de Welcome to the Pleasuredome — Frankie Goes to Hollywood (1984) :

  • Instruments : Anne Dudley (claviers) ; Peter Gill (batterie) ; Luís Jardim (percussions) ; Brian Nash (guitare) ; Mark O’Toole (basse) ; Andy Richards (claviers)
  • Voix : Holly Johnson (chant) ; Mark O’Toole (chant) ; Paul Rutherford (chant)
  • Production : Trevor Horn ; Stephen Lipson (additional)
  • Arrangements : Anne Dudley (additional)
  • Ingénierie du son : Stephen Lipson ; Stuart Bruce

Source : MusicBrainz — consultée le 2026-10-22.

Sources