Un titre qu'on répète jusqu'à ce qu'il ne désigne plus rien — ou qu'il désigne autre chose. Le 21 octobre, Wendy Eisenberg a déposé sans prévenir Wweennddyy Eeiisseennbbeerrgg, un compagnon à l'album éponyme paru cette année. Deux titres seulement, mais l'un d'eux dure 37 minutes ; quarante-six minutes en tout.

Deux chansons, pas un album

Le point de départ, c'est un album éponyme dont on connaissait deux repères : « Meaning Business », premier single, et « The Walls », morceau de clôture. Le compagnon ne retient que ces deux-là et les republie sous des titres déformés. La première occupe trente-sept minutes, la seconde neuf, comme le relève Stereogum le jour même de la mise en ligne.

La pochette du compagnon surprise de Wendy Eisenberg, deux titres pour quarante-six minutes
Pochette du compagnon paru le 21 octobre — Pochette : Wendy Eisenberg

Les crédits réunissent quatre instrumentistes. Le compagnon est proposé en numérique.

Quatre instrumentistes, six territoires

Les crédits, eux, sont nets. À la basse, Trevor Dunn, connu pour Mr. Bungle. À la batterie, Ryan Sawyer. Au violon, Mari Maurice, qui enregistre et se produit sous le nom de More Eaze. Et Wendy Eisenberg à la guitare et au chant, dont la discographie croise le rock, la folk et l'abstraction expérimentale — le disque éponyme de cette année marquait un penchant assumé du côté de l'écriture de chansons.

La polyvalence des instrumentistes — entre jazz, metal, country, ambient, minimalisme et hyperpop — n'est pas étrangère à l'étirement de la matière. Tenir un motif sur trente-sept minutes suppose une section rythmique capable de bouger sans se perdre, et quelqu'un pour les textures : le violon de More Eaze apporte ce grain qui empêche la longueur de se confondre avec du rabâchage.

Trois repères avant d'appuyer sur lecture. Un morceau de cette durée ne s'aborde pas comme un single : choisissez un créneau où vous ne serez pas interrompu, coupez le mode aléatoire pour une fois, et ne gardez pas le compteur sous les yeux. Si les trente-sept minutes d'affilée vous freinent, commencez par la seconde pièce et ses neuf minutes : l'étirement y est déjà là, la pente moins raide.

Étirer n'est pas rallonger

La différence tient peut-être à une idée simple : une chanson peut sembler infinie, transcender sa production et résister aux changements. Plus concrètement, réentendre le même matériel dans d'autres contextes renvoie à une formation jazz — un standard sonne différemment selon l'époque et selon les mains qui le jouent.

Autrement dit, la version enregistrée n'est qu'un état du morceau parmi d'autres. L'idée de transcender la production dit quelque chose du travail de studio. La prise, le mixage, le master ne sont pas la chanson ; ils en sont une photographie, avec ses choix de réverbération, de compression, de place donnée à tel instrument. Confier cette photographie à quatre musiciens qui ne jouent pas la même musique le reste du temps, c'est vérifier ce qui tient debout sans le cadre.

Il reste que le geste est aussi, et peut-être d'abord, une affaire de format. Un titre de trente-sept minutes ne se glisse pas entre deux écoutes dans une file d'attente : il occupe un trajet, une matinée, une pièce. Le compagnon de Wweennddyy Eeiisseennbbeerrgg ne défend rien d'autre que sa propre durée, et c'est déjà une position dans un paysage où tout est calibré pour qu'on passe au suivant.

Pour approcher l'ensemble, l'ordre le plus simple est aussi le plus logique : d'abord la seconde pièce et ses neuf minutes, pour entrer dans le principe ; ensuite la première et ses trente-sept minutes, de quoi mesurer ce que change réellement l'étirement. Et si l'exercice vous parle, l'album éponyme reste la porte d'entrée vers ces deux chansons dans leur première version.

Écouter

Le compagnon Wweennddyy Eeiisseennbbeerrgg est disponible en numérique, sur les plateformes de streaming et de téléchargement. Le prix, lorsqu'il s'applique, dépend de la plateforme de téléchargement. L'album éponyme reste disponible séparément, en streaming et en téléchargement.

Sources