Une guitare posée à plat sur les genoux, un micro au-dessus du manche, et cette prise qu'on ne refera pas. Le folk anglais de la fin des années 60 tient moins à un répertoire qu'à une méthode : peu d'instruments, peu de prises, une pièce dont l'ingénieur du son connaît chaque résonance. Deux groupes actuels permettent d'y regarder de plus près, et la ligne de partage n'est pas celle qu'on croit.

La méthode avant les noms

Chvrches s'est fait connaître par des nappes de synthé empilées et la voix très en avant de Lauren Mayberry — premier album, The Bones of What You Believe, gravé en 2013 dans un studio aménagé en sous-sol à Glasgow. Un tel groupe est l'exemple même de ce que la synth-pop peut faire de plus éloigné, en apparence, de la méthode folk.

Nick Drake, Bert Jansch, Incredible String Band : trois noms qui ne forment pas une liste de courses. Nick Drake : trois albums, tous chez Island, les deux premiers produits par Joe Boyd et enregistrés à Sound Techniques, à Chelsea, avec John Wood derrière la console. Bert Jansch : un premier disque en 1965 chez Transatlantic, gravé dans l'appartement londonien de Bill Leader pour un budget de rien, puis Pentangle aux côtés de John Renbourn et du contrebassiste Danny Thompson. Incredible String Band : Mike Heron et Robin Williamson, partis d'Édimbourg, signés chez Elektra, Boyd encore à la production. Trois trajectoires qui se croisent dans les mêmes pièces londoniennes au tournant des années 70, avec le même credo : peu de monde, pas de remplissage.

Il reste une zone d'ombre, et autant le dire franchement : les éléments publics disponibles ne précisent pas toujours producteur, studio ou date de parution pour les disques qui ont nourri cette tradition. On ne comblera pas ce trou par une supposition. On note seulement l'ordre des choses — les sources se vérifient avant de devenir un argument.

Detroit, en face

PINS, groupe de Manchester — guitares coupantes, formation resserrée, apparu au début des années 2010 — peut se lire à la lumière de The Stooges (1969), produit par John Cale, et Fun House (1970) : deux bornes d'un même geste, un groupe qui joue fort, ensemble, dans la même pièce, avec un mixage qui laisse les micros se contaminer.

Une guitare électrique et un ampli dans un sous-sol de Detroit, l'écho des Stooges chez PINS
Guitare et ampli dans une cave de répétition, la méthode du jeu fort et ensemble — Visuel d'illustration généré

C'est précisément ce qui rend la comparaison utile. La référence aux Stooges est celle de toute une génération élevée au post-punk : elle ne signale plus rien, elle est devenue le décor. Le geste d'un groupe de synth-pop qui citerait Bert Jansch, lui, se remarquerait, parce qu'il sort de la famille attendue. Un tel groupe ne rendrait pas hommage à son propre passé : il irait chercher ailleurs.

Ce que le folk prête à une machine

Ce qui circule d'une tradition à l'autre n'est pas un instrument, c'est une contrainte. Les sessions de Sound Techniques étaient courtes et peu coûteuses ; le premier Jansch a été gravé dans un appartement ; Pink Moon (1972) ne tient qu'avec une guitare et une voix. Autrement dit, une chaîne de fabrication resserrée, où chaque prise garde la trace de son exécution.

Pink Moon (1972)
Pink Moon, 1972 — Pochette : Island Records

Un synthé peut s'en nourrir : la modalité, les accords ouverts, une voix laissée seule au centre, des arrangements qui conservent des trous. Il peut aussi n'en rien faire et poser une guitare fingerpicked sur une production inchangée, couches de pads et voix doublée comprises. Toute la différence se jouera là, et elle n'est pas une question de matériel : c'est une question de méthode. On saura vite, à la lecture des crédits, si un groupe change sa façon d'enregistrer ou seulement sa liste de références.

PJ Harvey, la charnière

PJ Harvey, elle, n'est ni acoustique ni strictement vintage, et c'est elle qui tient l'ensemble debout. Rid of Me, en 1993, a été gravé par Steve Albini à Pachyderm, dans le Minnesota : guitare saturée, batterie nue, voix sans réconfort. Puis Let England Shake, en 2011, a ramené la même voix vers une église du Dorset et des textures presque anciennes.

Rid of Me (1993)
Rid of Me, 1993 — Label : Island Records

Entre Drake et Harvey, la ligne n'est donc pas une ligne de style mais une ligne de voix : quelqu'un qui chante sans se cacher derrière l'arrangement. Placez Jansch entre les deux, et la généalogie tient. Voilà pourquoi une liste de références, quand elle tient, est une phrase, et pas un tas de noms.

Trois noms à chercher au dos des pochettes. Joe Boyd, d'abord : producteur des deux premiers Drake et des disques d'Incredible String Band, il est le fil le plus court entre toutes ces références. John Wood, ensuite, ingénieur du son maison de Sound Techniques : sa façon de capter une pièce explique autant de choses que les compositions. Robert Kirby, enfin, arrangeur des cordes sur Five Leaves Left et Bryter Layter : deux disques de folk où l'orchestre n'écrase jamais la guitare. Quand un groupe de synth-pop cite cette période, ce sont ces trois noms qu'il faut aller vérifier sur son propre livret.

Écouter

Ces quatre références circulent en vinyle, en CD et en numérique. Comptez environ 25 à 35 € pour une réédition vinyle neuve de Nick Drake ou de l'Incredible String Band, un peu moins pour un Jansch des années 60 en réédition, et nettement plus pour un pressage d'époque en bon état — l'écart se joue sur la date de gravure et l'état de la pochette, pas sur la musique. Les disquaires indépendants restent le meilleur endroit pour comparer deux pressages avant d'acheter. Pour le streaming, vérifiez la disponibilité dans votre pays : elle varie d'un catalogue à l'autre.

Bacs de vinyles d'occasion dans une boutique indépendante, entre rééditions et pressages d'époque
Les bacs d'un disquaire indépendant, où comparer deux pressages avant d'acheter — Visuel d'illustration généré

La version courte de la filiation : Bert Jansch (1965), The Hangman's Beautiful Daughter (1968), Five Leaves Left (1969), puis Rid of Me (1993) pour entendre ce que l'électricité fait à la même franchise. Sur ces disques, les notes de pochette valent souvent le détour.

Reste une question, et elle est simple : quand les machines se taisent trente secondes au milieu d'un morceau, est-ce que c'est le folk qui revient, ou juste un silence bien placé ?

Crédits

Crédits de Bert Jansch — Bert Jansch (1965) :

  • Production : Bill Leader

Source : MusicBrainz — consultée le 2026-10-22.