Un numéro de catalogue en guise de porte d'entrée : Habibi Funk 035. Derrière lui, Beyrouth, un surnom — « Paris de l'Est » — et une compilation, Beirut City Pop. Le même jour, à Sydney, un « Big Ups » de Bandcamp Daily explore la club music de la ville. Deux manières de faire d'une scène un objet à écouter, et deux rapports très différents à la mémoire.

Beyrouth, le city pop sans les vacances

Le label berlinois Habibi Funk travaille à partir d'archives, et son numéro 035 s'intitule Beirut City Pop. Le mot « city pop » surprend. Dans sa présentation du 19 octobre 2026, Samuel Tornow note que la musique réunie là est nonchalante, loin de l'esthétique lisse et solaire que l'étiquette évoque d'ordinaire. Un disque de vacances ? Non. Un disque de ville.

Page de livret ouverte montrant une photographie de Beyrouth des années 1960 et les notes de la compilation
Livret de Beirut City Pop, photographie de Beyrouth des années 1960 — Livret : Habibi Funk

Le décor décrit par l'article n'a rien d'une carte postale. Entre 1955 et 1975, Beyrouth passe pour le « Paris de l'Est » : la ville mêle alors les cultures artistiques du Moyen-Orient et d'Europe occidentale, notamment l'influence française restée après la fin du mandat, en 1946. La guerre civile éclate en 1975 ; le tissu social se déchire, la ville se coupe en deux — Beyrouth-Ouest à majorité musulmane, Beyrouth-Est largement chrétienne. C'est cette toile de fond, et non un décor de plage, que le label place derrière le mot « pop ». D'où la question : qu'entend-on vraiment quand une ville qui se défait devient un objet d'écoute ?

Sydney, la club music et Anna Lunoe

Le même jour, Bandcamp Daily publie un « Big Ups » consacré à la club music de Sydney. Le parcours d'Anna Lunoe donne du poids à ce propos. DJ de radio communautaire dans sa ville natale il y a vingt ans, elle anime depuis dix ans l'émission HYPERHOUSE sur Apple Music et a assuré la première partie des Chemical Brothers sur leur tournée mondiale de 2024. Chez elle, le repérage n'est pas un discours de circonstance.

Table de mixage, platines CDJ et micro suspendu dans le studio de radio HYPERHOUSE
La table de mixage du studio HYPERHOUSE, l'émission d'Anna Lunoe — Photo : Apple Music

Elle le formule sans détour : « Highlighting and spotlighting the most brilliant creators that I can see and hear has always been a part of the DNA of my career » (Bandcamp Daily, 19 octobre 2026). Mettre en avant ceux qu'elle entend, avant que d'autres ne le fassent. Là où Habibi Funk remonte le fil d'une époque, le « Big Ups » tire celui d'un présent. Deux gestes pour une même idée — une scène, pas un genre. L'archive rassemble et classe ; le « Big Ups » trie et passe le micro.

Trois écoutes pour situer les deux démarches. Prenez une seule plage de la compilation, sans rien lire, et notez la texture : la basse, la guitare, la réverbération. Reprenez la même plage avec la notice de Bandcamp Daily sous les yeux. Puis ouvrez le « Big Ups » consacré à la club music de Sydney : ce que l'archive rassemble, le tri le passe au crible.

Écouter

Pour Beyrouth, la compilation porte le numéro 035 chez Habibi Funk. Les prix varient avec l'édition, l'import depuis l'Allemagne et l'état de l'exemplaire : comptez de l'ordre de 25 à 35 € pour un vinyle de label indépendant, 12 à 18 € pour un CD. Ce sont des repères, pas des tarifs fermes.

Pour Sydney, le « Big Ups » consacré à la club music locale se suit comme une liste de plages à ouvrir une à une ; chaque sortie se découvre séparément. Reste une question, la même des deux côtés : qu'est-ce qui est réellement nouveau ici, et pour qui ? À Beyrouth, la nouveauté est dans l'exhumation ; à Sydney, dans le tri. Il y a pire programme que d'écouter les deux à la suite.

Sources